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Médicaments et soleil… attention à la photosensibilisation !

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La photosensibilisation est une augmentation de la sensibilité de la peau pouvant survenir lors de l’exposition à un agent photosensibilisant et aux rayons Ultra-Violet (UV), qu’ils soient d’origine naturelle (soleil) ou artificielle (cabines de bronzage).

Le soleil émet trois types de rayonnements UV. Ces différents types de rayonnements n’ont pas tous la même capacité de pénétration dans les couches de la peau :

  • UVA : ils atteignent le derme et ont la capacité de traverser le verre.
  • UVB : ils sont absorbés par l’épiderme et sont arrêtés par le verre.
  • UVC : ils n’atteignent pas la peau car ils sont arrêtés par la couche d’ozone stratosphérique.

Ainsi, seuls les UVA et les UVB sont impliqués dans la photosensibilisation.

Cette photosensibilisation peut se manifester au travers de deux types de réactions :

Phototoxicité :

La phototoxicité est une réaction d’origine physico-chimique. L’agent photosensibilisant absorbe les UV émis par le soleil. Cette absorption lumineuse est convertie en énergie et celle-ci conduit ensuite à des réactions chimiques au sein de l’agent photosensibilisant. Il en résulte l’émission de radicaux libres et la survenue possible d’une  éruption cutanée. La réaction phototoxique peut se produire chez n’importe quel individu. Dans ce cas, la peau contient une substance photoréactive en quantité suffisante pour induire une réaction de photosensibilité lors d’une exposition solaire. Elle se traduit par un érythème douloureux de type « coup de soleil » dans les minutes ou dans les heures qui suivent l’exposition solaire. Cette réaction dose-dépendante concerne uniquement les zones exposées. Les lésions cutanées disparaissent en quelques jours à l’arrêt de l’agent photosensibilisant ou de l’exposition solaire.

Photoallergie :

La photoallergie est une réaction d’origine immunologique qui touche des individus prédisposés, c’est-à-dire ayant déjà été préalablement exposés au photosensibilisant. Elle peut se traduire sous plusieurs formes mais elle ressemble généralement à de l’eczéma ou à une urticaire (démangeaisons). Son apparition est plus lente que lors des réactions de phototoxicité. En effet, elle apparait progressivement en 24 heures ou plus après l’exposition au soleil et à l’agent photosensibilisant. Ces réactions peuvent non seulement toucher les zones exposées mais elles peuvent également s’étendre aux zones non exposées. La régression des lésions se produit en plusieurs semaines après l’arrêt du photosensibilisant. Ce phénomène ne dépend ni de la dose administrée ni de la dose du rayonnement.

Résumé phototoxicité/photoallergie :

  Phototoxicité Photoallergie
Origine Physico-chimique Immunologique
Prédisposition Non Oui
Signes cliniques Erythème douloureux type "coup de soleil" Plusieurs formes : eczéma, urticaire...
Délai d'apparition Minutes ou heures 24 heures ou plus
Dose-dépendante Oui Non
Zones concernées Zones exposées Zones exposées + non exposées possible
Délai de régression Quelques jours Plusieurs semaines


Il existe plusieurs agents responsables de la photosensibilisation :

  • Végétaux (en cas de contact cutané, notamment avec les huiles essentielles) : certaines Apiacées (coriandre, fenouil, persil, carotte…), certaines Rutacées (bergamote, citron…), certaines Moracées (figue…)… 
  • Composants de produits cosmétiques : psoralènes, musk ambret…
  • Filtres solaires : cinnamates, octocrylène…
  • Médicaments

La liste des photosensibilisants a été mise à jour en 2011. Ci-dessous sont représentés une partie (non exhaustive) des médicaments à usage local ou systémique qui y sont inscrits.

Usage local :

  • Phénothiazines
  • Aciclovir
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens : diclofénac, kétoprofène...
  • Trinitrine
  • Sulfamides
  • Trétinoïne

- Usage systémique :

  • Antidépresseurs : paroxétine, imipramine…
  • Antiépileptiques : carbamazépine…
  • Diurétiques : furosémide, hydrochlorothiazide…
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens : kétoprofène, naproxène, ibuprofène…
  • Antibiotiques : doxycycline, ofloxacine…
  • Antifongiques : kétoconazole, itraconazole…
  • Hypolipémiants : fénofibrate, simvastatine…

Compte tenu du fait que les médicaments peuvent être responsables de photosensibilisation, des tests spécifiques sont réalisés sur ces produits avant leur mise sur le marché.

Il existe un pictogramme permettant d’alerter à propos du risque de survenue de réaction de photosensibilisation médicamenteuse. Ce pictogramme est présent sur la boîte du médicament ainsi que dans sa notice afin de prévenir le patient de ce possible effet indésirable.

Prévention

Idéalement, afin de prévenir la survenue de réactions de photosensibilisation, il convient d’éviter l’exposition au médicament photosensibilisant concomitamment à l’exposition aux rayonnements UV.

Si l’arrêt du traitement n’est pas possible, certaines mesures de prévention sont à prendre en compte, notamment :

  • l’utilisation d’une protection vestimentaire et d’accessoires protecteurs : manches longues, lunettes de soleil avec montures enveloppantes, chapeau à bords larges…
  • se mettre à l’ombre
  • éviter de s’exposer entre 12h et 16h
  • ne pas rester trop longtemps exposé au soleil, même si vous utilisez un produit de protection solaire
  • l’application du produit de protection solaire doit être renouvelée toutes les 2 heures et tout particulièrement suite à une baignade
  • appliquer le produit sur toutes les surfaces du corps exposées au soleil de manière uniforme

Soyez particulièrement vigilants à ces mesures de protection si votre activité professionnelle s’exerce en extérieur (agriculture, BTP, métiers du sport…).


Lors de l’utilisation d’un médicament photosensibilisant, il est donc important de choisir une protection solaire avec l’indice de protection le plus fort quel que soit son phototype afin d’éviter une réaction de photosensibilisation. De plus, cette protection doit protéger des rayonnements UVA et UVB, tous deux impliqués dans la photosensibilisation médicamenteuse.

A noter qu’actuellement, aucun produit de protection solaire ne garantit une protection à 100 %.

Il convient également de rappeler que l’exposition solaire, indépendamment de toute prise médicamenteuse, est un facteur de risque important de survenue de cancers cutanés. En effet, 70 % des mélanomes sont liés à des expositions excessives au soleil. La survenue de réactions de photosensibilisation est un facteur additionnel augmentant le risque de développer ultérieurement un cancer cutané.   

 

 

Références : 

- Moore ED. Drug-Induced Cutaneous Photosensitivity. Drug Saf 2002 ; 25 : 345-72

- ANSM. Produits de santé, cosmétiques et tatouages en été - Adoptez les bons réflexes - Point d'information : http://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Produits-de-sante-cosmetiques-et-tatouages-en-ete-Adoptez-les-bons-reflexes-Point-d-information

- INCa. Exposition aux rayonnements UV : http://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Exposition-aux-rayonnements-UV

- Ph. Jaussaud. Plantes et soleil : le risque phototoxique. Déposé sur : Interfaces livres anciens de l’Université de Lyon http://bibulyon.hypotheses.org/6396. 2015. <halshs-01227944>

 

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Les alertes

Quizz

  • L'acétate de chlormadinone (Luteran et génériques) et l'acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques)

    • sont des progestatifs
    • entrainent un sur-risque de méningiome qui est dose et durée du traitement dépendant
    • sont indiqués comme contraceptifs
    • nécessitent la réalisation d’une IRM à partir de 5 ans de traitement chez les femmes âgées de plus de 35 ans
    • Vrai ! Faux !

      L'acétate de chlormadinone (Luteran et génériques) et l'acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) sont des progestatifs utilisés dans la prise en charge de la ménopause, des troubles menstruels et de l’endométriose.

      Les femmes traitées par acétate de nomégestrol plus de 6 mois sont exposées à un risque multiplié par 3,3, puis par 12,5 à partir d’une dose cumulée correspondant à 5 ans de traitement.
      Pour les femmes traitées par acétate de chlormadinone, après 6 mois, le risque est multiplié par 3,4, puis par 7 à partir d’une dose cumulée correspondant à 3,5 ans d’utilisation.

  • Le traitement hormonal de la ménopause

    • Doit être réévalué tous les ans
    • Expose à un risque de thromboses veineuses et/ou artérielles
    • Doit être instauré avant l'arrêt complet des règles
    • Expose à un risque de cancer du sein et/ou de l'utérus
    • Vrai ! Faux !

      Le traitement hormonal de la ménopause ne doit pas être instauré avant l’arrêt complet des règles

  • La tuberculose

    • est une maladie virale
    • est toujours contagieuse
    • repose en cas de tuberculose maladie sur la prise quotidienne de plusieurs antibiotiques
    • nécessite d'hospitaliser en chambre individuelle la personne an cas de tuberculose maladie
    • Vrai ! Faux !

      La tuberculose est une maladie due à une mycobactérie, le Mycobacterium tuberculosis, aussi appelé le bacille de Koch, ou due plus rarement au Mycobacterium bovis ou africanum. Elle n'est donc pas due à une maladie virale.

      Elle se transmet par voie aérienne à partir d’aérosol de gouttelettes émises lors d’une toux par une personne contagieuse. Aussi, elle n'est pas toujours contagieuse.

      Le plus souvent, dans 90 % des cas, la tuberculose reste « latente », c’est-à-dire que la bactérie est présente dans le corps mais la personne infectée ne présente pas de symptômes et n’est pas contagieuse. Elle n'est donc pas toujours contagieuse.

      Pour 10 % des personnes, la tuberculose évolue et devient « active » ; les symptômes apparaissent, et la personne peut devenir contagieuse. Elle développe alors une « tuberculose maladie ».

      Le traitement de la tuberculose repose sur la prise de plusieurs antibiotiques.

      • En cas d’infection tuberculeuse latente, le traitement consiste en la prise quotidienne d’isoniazide pendant 9 mois ou à l’association rifampicine et isoniazide pendant 3 mois.
      • En cas de diagnostic de tuberculose maladie, l’hospitalisation en chambre individuelle est nécessaire. Un traitement associant la prise quotidienne de 4 antibiotiques pendant 2 mois (généralement isoniazide (INH), rifampicine, pyrazinamide et éthambutol), puis 2 antibiotiques pendant 4 mois (isionazide (INH) et rifampicine) est habituellement prescrit.
  • Qu'est-ce que la pharmacovigilance ?

    • ​Ensemble des activités permettant la surveillance des pharmacies
    • ​Ensemble des activités permettant la surveillance des effets indésirables médicamenteux
    • ​Ensemble des activités permettant la recherche de nouveaux médicaments
    • Vrai ! Faux !

      La pharmacovigilance est l'activité consistant à enregistrer et évaluer les effets secondaires résultant de l'utilisation des médicaments.

  • Vous avez pris un médicament et vous présentez une manifestation anormale comme par exemple une réaction cutanée. Pensez-vous qu’il peut s’agir d’un effet indésirable ?

    • Oui
    • Non
    • Vrai ! Faux !