Méthadone : toujours sous surveillance
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La méthadone est utilisée chez l’adulte et l’adolescent de plus de 15 ans, pour la prise en charge de l’addiction aux opioïdes et de certaines douleurs cancéreuses chroniques, après échec d’utilisation d’opioïdes, dans le cadre de prescription compassionnelle (CPC). Son utilisation est encadrée par le régime des stupéfiants et doit se faire dans un cadre médical strict en raison des risques de surdoses (volontaires ou accidentelles) ou de mésusages. Entre 2022 et 2025, les signalements de surdoses et d’effets indésirables graves ont encore été à la hausse. Une surdose en méthadone entraîne une majoration du risque de décès par dépression du système nerveux central et du système respiratoire.
Ces incidents surviennent essentiellement dans les contextes suivants :
- Posologie trop élevée initiale ou augmentation trop rapide des doses en début de traitement
- Arrêt brutal ou réduction trop rapide des doses en fin de traitement (également risque majoré de syndrome de sevrage)
- Non respects de la posologie avec des prises anarchiques
- Usage détourné dans le cadre de l’addiction aux opioïdes
- Interactions avec des médicaments ou des substances psychoactives non médicamenteuses (alcool, cocaïne…)
- Ingestion accidentelle (en particulier chez les enfants)
- Tentative de suicide
Pour réduire ces risques, différentes mesures ont déjà été prises :
- Médicament stupéfiant : prescription sur ordonnance sécurisée, pour une durée limitée, par les médecins exerçant dans les CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) et les médecins hospitaliers dans le cadre d’une hospitalisation ou consultation, en milieu hospitalier ou pénitentiaire.
- Sensibilisation du grand public aux mesures de réduction des risques avec l’édition d’une brochure patient élaborée par le laboratoire, sous la tutelle de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).
- Mise à disposition de kits de naloxone, antidote à utiliser dès les premiers signes de surdosage : difficultés respiratoires, malaise, pupilles rétrécies...
- A noter : l’utilisation de la naloxone, qui bloque temporairement les symptômes, ne dispense pas le patient de contacter sans attendre les secours, pour être pris en charge rapidement par une équipe médicale aux Urgences !
Focus sur les interactions médicamenteuses
Certains médicaments peuvent potentialiser l’effet de la méthadone, et, notamment, conduire à une majoration du risque de surdosage ou des effets indésirables cardiovasculaires de type troubles du rythme, pouvant conduire au décès. D’autres interactions peuvent également entraîner une majoration du risque de syndrome de sevrage.
Sont ainsi contre-indiqués en association avec la méthadone, en raison d’un risque de :
• Surdosage :
◦ Oxybate de sodium
• Troubles du rythme :
◦ Citalopram et escitalopram
◦ Hydroxyzine
◦ Dompéridone
◦ Pipéraquine
• Syndrome de sevrage :
◦ Nalbuphine, buprénorphine
◦ Naltrexone, nalméfène
◦ Millepertuis
Autres interactions nécessitant une vigilance particulière (pouvant faire l’objet d’une association déconseillée, d’une précaution d’emploi, d’une association à prendre en compte) en raison d’un risque de :
• Surdosage :
◦ Prégabaline, gabapentine, certains antifongiques, certains antidépresseurs, substituts nicotiniques, alcool, crack, drogues de synthèse, cannabis/cannabidiol
• Troubles du rythme :
◦ Cotriomoxazole ;
◦ Molécules susceptibles d’engendrer des torsades de pointe (antiarythmiques, certains antiparasitaires, arsénieux, antipsychotiques, certains anticancéreux, hydrochloroquine …) ;
◦ Molécules bradycardisantes ;
◦ Molécules hypokaliémiantes ;
◦ Antibiotiques (fluoroquinolones, macrolides), antifongique (voriconazole) ;
◦ Certains traitements troubles gastro-intestinaux ;
◦ Certains antidépresseurs ;
◦ Cocaïne/ crack ; produits de synthèses
• Syndrome de sevrage :
◦ Ritonavir, rifampicine, carbamazépine, phénobarbital, apalutamine
• Sédation / dépression respiratoire (sans surdosage) :
◦ Alcool, benzodiazépine et apparentés, autres sédatifs non benzodiazépines (certains antidépresseurs, certains anxiolytiques, anxiolytiques non benzodiazépines, antihistaminiques H1 sédatifs), opioïdes, barbituriques
Liste complète des interactions médicamenteuses et des effets indésirables : voire notice de la méthadone.
Recommandation pour les professionnels de santé
Procédez à l’examen des traitements concomitants de vos patients et informez-les des risques de l’automédication. Surveillez l’état du patient à l’initiation et durant toute la durée du traitement.
Avec la méthadone, prescrivez systématiquement un kit de naloxone prête à l’emploi.
Informez les proches et le patient sur la bonne utilisation de l’antidote et sur la conduite à tenir en cas de suspicion de surdosage.
Information pour les patientsLorsque votre médecin spécialiste vous fait une prescription de méthadone, indiquez-lui tous les autres médicaments que vous prenez, ainsi que les compléments alimentaires et la consommation d’alcool, tabac et autres substances.
Ne pas laisser à la porter des enfants ; le conserver dans un endroit fermé à clé.
Respectez les doses prescrites et rapportez tout symptôme inhabituel à votre médecin.
Vous devez avoir toujours avec vous de la naloxone. En cas de suspicion de surdosage, contactez le SAMU sans délai.