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Utilisation des benzodiazépines en France

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Les benzodiazépines sont des molécules qui agissent sur le système nerveux central et qui ont des propriétés :

  • Hypnotiques : provoquent le sommeil
  • Anxiolytiques : réduisent l’anxiété, le stress
  • Myorelaxantes : réduisent la tonicité musculaire, dans le traitement de contractures
  • Anti-convulsivantes : traitent les contractions violentes et involontaires de type convulsion dans l’épilepsie

Les benzodiazépines sont les plus couramment prescrites sont l’alprazolam, le bromazepam, le lorazepam, l’oxazepam, le prazepam, et les molécules hypnotiques pures apparentées, le zolpidem et la zopiclone.

Ces médicaments sont souvent nécessaires dans le traitement des troubles anxieux et de l’insomnie, mais l’intensité et les répercussions de leurs effets secondaires incitent à beaucoup de prudence dans leur utilisation.

Les principaux effets indésirables sont neuropsychiatriques :

  • Baisse de vigilance, somnolence, état confusionnel, perte de conscience
  • Troubles de la mémoire des faits récents
  • Troubles du comportement, inhabituel ou violent
  • Troubles du tonus musculaire, avec risque de chute
  • Accoutumance, caractérisée par une diminution progressive de l’effet obtenu pour une même dose de médicament, ce qui conduit à augmenter les doses afin de maintenir l’effet
  • Dépendance physique et psychique, marquée par une incapacité à pouvoir diminuer et arrêter le traitement, alors que celui-ci n’est plus nécessaire, les troubles anxieux ou insomniaques ayant diminués ou disparus
  • Syndrome de sevrage ou de rebond à l’arrêt : apparition ou réapparition de nouveaux signes

Ces effets doivent inciter à rechercher une utilisation la plus courte possible à la plus petite dose efficace, et à essayer de se sevrer progressivement dès l’amélioration des troubles. Une réévaluation régulière de l’opportunité du traitement et un suivi rapproché par le médecin traitant sont nécessaires.

Règlementairement, la prescription des hypnotiques est limitée à 4 semaines, et celles des anxiolytiques à 12 semaines(2). Une utilisation courte est recommandée, mais dans la pratique, plus de la moitié des patients les utilisent plus de 3 mois consécutivement. Ces médicaments connaissent un phénomène de mésusage, c’est-à-dire un usage abusif et détourné, particulièrement important.

L’association aux autres médicaments sédatifs, ou à l’alcool, potentialise l’altération de la vigilance, et est dangereuse.


La consommation de benzodiazépines augmente avec l’âge(3)

Les personnes âgées sont poly-pathologiques, elles présentent plusieurs maladies, donc poly-médicamentées, elles reçoivent plusieurs médicaments pour traiter plusieurs maladies. Elles subissent également des modifications physiologiques liées au vieillissement. Elles sont ainsi plus susceptibles de présenter des effets indésirables médicamenteux, dits iatrogènes, deux fois plus nombreux en moyenne après 65 ans, et conduisent dans 15 % des cas à une hospitalisation.

L’utilisation chez les personnes âgées des benzodiazépines est particulièrement délicate du fait du risque de chute, liée à la confusion et à l’effet myorelaxant, et donc de fracture du col du fémur.

Plusieurs études actuelles analysent le lien potentiel entre la prise de benzodiazépines et la survenue d’une démence, définie par un déclin cognitif caractérisé par une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser les activités quotidiennes(1). Bien que les démences touchent principalement les personnes âgées, elles ne sont pas une composante normale du vieillissement.

Les médicaments sont caractérisés par un paramètre appelé la demi-vie, qui représente le temps nécessaire à l’élimination par l’organisme de la moitié de la dose administrée. Celle-ci augmente chez la personne âgée, notamment  du fait de l’insuffisance rénale et hépatique. Il est donc particulièrement important de privilégier les benzodiazépines à demi-vie courte chez les personnes âgées afin de limiter le risque d’accumulation des doses dans le sang et d’apparition d’effets secondaires de type somnolence résiduelle dans la journée.

D’une manière générale, il convient d’inciter dans la mesure du possible, à la réduction de l’usage des somnifères et tranquillisants, et à une meilleure prise en charge des troubles du sommeil et de l’anxiété par des moyens non médicamenteux (hygiène de vie, activité physique, limiter les excitants à base de caféine, relaxation)(1,2).

Quelques chiffres sur la consommation de benzodiazépines en France en 2012(1) :

  • 11.5 millions de Français en ont consommé au moins une fois, parmi lesquels 7 millions une benzodiazépine anxiolytique et 4.2 millions une benzodiazépine hypnotique
  • 131 millions de boites vendues
  • 22 % des consommateurs en associent deux différentes simultanément
  • La durée annuelle moyenne d’utilisation est de 5 mois pour les anxiolytiques et de 3.9 mois pour les hypnotiques
  • La moitié des consommateurs ont plus de 56 ans
  • 64.2 % des consommateurs sont des femmes
  • 1 femme sur 3 de plus de 65 ans consomme une benzodiazépine anxiolytique et près de 1 sur 5 une benzodiazépine hypnotique


Références :
(1)- ANSM, Etat des lieux de la consommation des benzodiazépines en France, Décembre 2013.
(2)- Règles de délivrance et de prise en charge des médicaments, L’Assurance Maladie. www.ameli.fr
(3)- Recommandations de la HAS sur les modalités d’arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés chez le patient âgé, Octobre 2007.

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